Produit d'un débat entre germanistes français, spécialistes de « civilisation allemande », et romanistes allemands, spécialistes de « Landeskunde » ou « Landeswissenschaft », cet ouvrage fait le point sur les évolutions de ces disciplines dans les mondes universitaires français et allemand. Une première rencontre en 1988 à Versailles a été suivie d'une autre à Berlin, en 2010. Riche d'une longue tradition dans l'enseignement et la recherche, la « civilisation allemande » est bien établie en France, ses thèmes de recherche sont en pleine évolution. La « Landeskunde » était plutôt perçue en Allemagne comme un domaine auxiliaire de la « Romanistik ». Le terme avec ceux de « Landeswissenschaft » et « Frankreichstudien » (études
françaises) ont aujourd’hui presque disparu du profil des postes à pourvoir, ils ont été remplacés par celui de « Kulturwissenschaft », « sciences culturelles », lié à celui de « science littéraire ».
Cette combinaison s’est révélée trompeuse : dans la pratique, la « civilisation française » se réfère à un modèle d’enseignement traditionnel de littérature française mâtiné de sciences culturelles là où il devrait s’agir, pour reprendre Helene Harth, d’instaurer « une coopération interdisciplinaire avec d’autres philologies et d’autres disciplines comme l’histoire, la sociologie, l’histoire de l’art et l’histoire médiatique (pour transmettre aux étudiants) un savoir sur les cultures des différents pays européens, qui leur permette de comprendre les différents processus historiques des échanges culturels actuels. » Ces enjeux sont au centre de ce livre sur fond de transformation des sociétés française et allemande.
Introduction. Les larmes de Clio. Quand l'Histoire sert à faire la guerre
Benjamin Deruelle
La guerre entre la Russie et l’Ukraine : une fatalité historique ? (2022)
Éric Aunoble
Le passé recomposé… L’Histoire à l’épreuve de la Troisième Guerre d’Indochine (1979)
Christopher Goscha
Du dévoiement de l’Histoire au génocide. L’Allemagne nazie et la préparation de la Seconde Guerre mondiale (années 1920-1930)
Deborah Barton
L’ordre et la civilisation au service de la guerre de pacification contre les populations bayas et panas de la Haute-Sangha et de l’Ouham-Pendé (1928-1930)
Patrick Dramé
Passés insurrectionnels et présent des « Pâques sanglantes » dans la Proclamation de la République irlandaise (1916)
Laurent Colantonio
Se libérer des tyrans. Les guerres d’indépendance latino-américaines et l’invention de l’imaginaire anticolonial (1815)
Geneviève Dorais
« Je me vis dans l’Histoire. » Bonaparte au futur antérieur (1799-1806)
Bernard Gainot
Dans le regard du colonisateur. Le Grand Dérangement ou la négation de l’histoire natale des Acadiens et des Acadiennes (1755-1762)
Jean-Philippe Garneau
« [S]i n’eust esté la malice, tyrannie, [et] les guerres » des Espagnols.Rhétorique pour une invasion de l’Italie à l’aube de l’époque moderne (1494)
Benjamin Deruelle
Nos ancêtres les Wisigoths ou Comment justifier la « reconquête » chrétiennede la péninsule Ibérique au Moyen Âge (viiie-XVe siècles)
Hélène Sirantoine
Une guerre peut-elle être juste ? Des usages romains de l’Histoire dans les entrées en guerre (IIIe-Ier siècles av. J.-C.)
Simon Cahanier et Sophie Hulot
Épilogue.L’Histoire peut-elle servir la paix ?
Carl Bouchard
Rencontre CVUH
Proposée par le CVUH, cette rencontre au Lieu-Dit s'est déroulée le 29 juin 2023, en présence de Benjamin Deruelle, (directeur du volume), Éric Aunoble (spécialiste de l'Ukraine, membre du CVUH), Laurent Colantonio (histoire de l’Irlande, membre du CVUH), Sophie Hulot (antiquité romaine), Olivier Le Trocquer (historien, CVUH) et du public, nombreux et actif.