« Tout doit être lu avec attention dans cet ouvrage des éditions du Septentrion, y compris la page 2, dont la présentation de la collection « Capitalismes, éthique, institutions » fait figure de manifeste [...] » - Martino Nieddu
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Envisager la mesure des performances sur le registre impératif de la métrologie, comme c'est de plus en plus le cas dans les économies contemporaines, n'a pas uniquement un effet « réducteur ». En opérant par les nombres, ce sont les formes même de la prescription politique et de la vie en société qui sont transformées. Ignorer les formes pluralistes de l'évaluation (notamment de l’évaluation des politiques publiques), revient à faire disparaitre des registres de l’efficacité ce qui faisait valoir l’intérêt général. Exit des mesures de la performance d’un Etat « prestataire de services » les dimensions civiques ou civiles d’accès aux services pour tous, de bien-être par le travail, de maintien et de consolidation des droits du public. Un Etat prestataire de service agit selon une modalité qui se caractérise par une injonction permanente à l’incitation au travail et à l’accroissement de son intensité ; par une représentation économiciste et non citoyenne de l’individu : par une injonction à l’évaluation des performances de ces homo oeconomicus ; et par la fin de la reconnaissance et de la garantie des valeurs républicaines à l’instar de celle de l’égalité et de la citoyenneté. Comment a-t-on pu en arriver là ? C’est ce que propose d’explorer cet ouvrage qui fournit aussi des pistes de réflexion pour sortir, transitoirement et définitivement, de la performance totale.
Introduction générale
Ce que performance veut dire
Les objectifs de l'ouvrage
Nouvel esprit du capitalisme ?
Le plan de l’ouvrage
Chapitre 1. La performance et ses étymologies
1. Performance
2. Un double ancrage étymologique
3. Enjeux de la quantification
4. De l’évaluation à la mesure : changement de régime
5. Une question de valeurs
6. Croissance et productivité : des concepts en crise
7. De la productivité à la performance
Conclusion
Chapitre 2. La performance des économies de services
1. Le constat de tertiarisation
1.1. Une progression constante sur ces cinquante dernières années
1.2. Des mondes de services différents .
2. L’affaissement structurel des gains de productivité et de la croissance dans les économies contemporaines
2.1. Quelques tendances structurelles
2.2. Quel est le prix des services ?
2.3. Le Paradoxe de Solow
2.3.1. Des interprétations endogènes
2.3.2. Des explications de type socio‐économique
2.3.3. Des explications externalistes
3. La multidimensionnalité du produit des activités de services
3.1. La difficulté à utiliser le concept de productivité dans les économies tertiaires
3.1.1. La productivité au coeur du compromis fordiste
3.1.2. L’incertitude sur les activités et la qualité des services
3.1.3. Singularité des services vs. injonctions à la normalisation
3.2. Le travail des comptables nationaux : les contorsions pour épouser les formes et représentations industrialistes
3.2.1. L’artefact statistique des comptes nationaux : une productivité stagnante dans les services non marchands
3.2.2. Les mesures de l’output dans les services
3.2.3. Conclusion
4. La contre‐performance des raisonnements en volume dans certaines activités de services
4.1. La recherche académique : de la productivité des chercheurs à la productivité de l’évaluation…
4.2. Le cas de l’aide à domicile
Conclusion
Chapitre 3. Individualisation des relations de travail et performance
Introduction
1. Individualisation des rapports de travail
1.1 L’individualisation comme dispositif de flexibilité
1.2. L’individualisation comme dispositif incitatif
1.3. La performance totale
1.3.1. Les modalités de la performance totale
1.3.2. Les institutions de la performance totale
2. Le management par les performances
3. Performances individuelles versus performances collectives
Conclusion
Chapitre 4. Les performances de l’État « modernisé »
Introduction
1. « Évaluation » des politiques publiques ou « mesure »
des performances des services publics ?
1.1. Une étanchéité affaiblie
1.1.1. La quête de performance de l’État
1.1.2. Basculement d’un État social vers un État prestataire de service
2. Légitimation de la quête de performance par les besoins
d’évaluation des politiques publiques
2.1. Les étapes de l’histoire de l’évaluation des politiques publiques
2.1.1. La RCB ou « rationalisation des choix budgétaires » 1970‐1984
2.1.2. Une deuxième vague d’évaluation marquée par le rocardisme
2.2. L’application des « 3E » du management à l’évaluation des performances
des services publics
2.2.1. Le management public
2.2.2. Obligation de moyens ou de résultats ?
2.3. Le « new public management » comme marqueur de la « modernité »
3. Le benchmarking comme dispositif de performance totale
4. Les experts : opérateurs de normalisation et de quantification
Conclusion
Chapitre 5. Performance et quantification
Introduction. La quantification envahit le monde
1. Des performances à la ratiocratie
2. Les propriétés sociales du chiffre
2.1. Immédiateté‐vitesse‐simplicité
2.2. La visibilisation ou la transformation de la réalité ?
3. Les données chiffrées incarnent les concepts
3.1. Les indicateurs monétarisés
3.2. Performativité des indicateurs monétaires
3.3. Quantifier le subjectif
4. État, statistique et démocratie
Conclusion
Chapitre 6. Une pluralité de régimes de performance
Introduction
1. Une cartographie des quatre régimes de performance
1.1. Processus de production des dispositifs de performance
1.2. Un dispositif de performance planifié
1.3. Un dispositif de performance négocié
1.4. Critères de performance uni ou multidimensionnels
2. Quatre régimes de performance
3. Le Régime délibératif
Conclusion générale
Bibliographie
Remerciements
« Tout doit être lu avec attention dans cet ouvrage des éditions du Septentrion, y compris la page 2, dont la présentation de la collection « Capitalismes, éthique, institutions » fait figure de manifeste. Cette collection se propose de rendre compte des « institutions qui assurent l'encastrement social du capitalisme », et des « compromis éthico-politiques qui sont à l'origine de ces institutions », ce qui « requiert une posture transdisciplinaire » ; la collection accueille à la fois des ouvrages collectifs et « des essais scientifiques mais non jargonnant, à destination d’un public cultivé et curieux »
Florence Jany-Catrice est une des animatrices du réseau FAIR (Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse), né au moment de la commission Stiglitz. Elle nous livre ici un petit (175 p.) ouvrage que l’on pourrait qualifier de modeste mais tenace et sans concessions à l’air du temps, si l’on ne redoutait pas que le premier terme soit mal compris. [...] ».
Martino Nieddu, « Le pire n’est pas inéluctable », Revue de la régulation [En ligne], 13 | 1er semestre / Spring 2013, mis en ligne le 24 juin 2013, consulté le 26 juin 2013. URL : http://regulation.revues.org/10039