Régulièrement voués aux gémonies, associés à une caste, aux privilèges et à la technocratie, les grands corps d'État demeurent largement méconnus. Pour comprendre ce qu’ils sont précisément et les mécanismes qu’ils mettent en œuvre pour étendre et maintenir leur pouvoir, il était utile de partir à la rencontre des hauts fonctionnaires qui les incarnent. Ce livre saisit sur le vif le plus ancien d’entre eux, le corps des Ponts et Chaussées, au tournant du XXIe siècle. Il l’analyse aux prises avec un impératif managérial à l’œuvre dans les aspirations individuelles de ses membres, leurs carrières, les mutations de « leurs » grandes Écoles, l’évolution du contenu de leurs enseignements et les réformes administratives qu’ils mènent. Objet d’appropriations différenciées au sein du corps, l’impératif managérial tiraille ses membres entre leurs devoirs publics (être des managers de l’action publique au service de l’État) et leurs désirs privés (leur attirance pour le monde des affaires, la prééminence du secteur privé dans les orientations de leurs composantes). Loin de révéler un ensemble totalement harmonieux et concordant, cette enquête souligne la multiplicité des dynamiques qui travaillent un grand corps, tantôt le renforçant tantôt l’affaiblissant, au gré des évolutions plus macrosociales qui affectent les faiseurs de corps. S’attarder sur ces logiques c’est restituer les conditions sociales de la managérialisation de l’action publique et ce qu’elles nous disent des transformations du rapport à l’État. Ce livre offre ainsi des clés de lecture indispensables pour comprendre les agencements par lesquels les grands corps d’État ont construit leur pouvoir à la charnière des secteurs public et privé.
Introduction : L'espace polarisé des relations professionnelles
Chapitre I : Les petits établissements entre domination autoritaire, régulation anomique et intégration collégiale
Introduction : D’une définition négative des relations sociales en petits établissements à une hétérogénéité ordonnée
1. Autonomies et dépendances dans les petits établissements
2. Une gestion du personnel et des rapports sociaux singuliers ?
3. Des salariés, des collectifs et leurs représentants
4. Discussions, résistances et conflictualité en petits établissements
Conclusion : Quelles évolutions des relations professionnelles dans les petits établissements ?
Chapitre II : Des grands établissements industriels et des services en restructurations permanentes
Introduction : Restructurations, régulations, autonomies
1. L’autonomie menacée des grands établissements : restructurations, éclatements et incertitudes propices au changement permanent
2. Des régulations collectives : acteurs, dispositifs, enjeux
3. Résistances ordinaires et grèves collectives
Conclusion : Vingt ans de relations professionnelles en grands établissements
Chapitre III : Les établissements intermédiaires, un monde d’entre deux ?
Introduction
1. L’importance des dynamiques temporelles en termes économiques et organisationnels dans les établissements intermédiaires
2. Personnalisations plus qu’individualisation et formalisation des modalités de managements autant que des rapports sociaux
3. Des collectifs flottants et des syndicalistes toujours présents mais isolés et fragiles
4. Négociations et conflictualités : entre présences et obstacles
Conclusion : Des relations professionnelles fragilisées ?
Chapitre IV – Les établissements sous régulation publique, entre mobilisation et apathie
Introduction : Au-delà de la taille
1. Cerner le périmètre de la régulation publique : de la nécessité d’une sociologie économique de l’État pour étudier les relations professionnelles
2. Trois caractéristiques des établissements sous régulations publiques
3. Des relations professionnelles hybrides et singulières
Conclusion : Éléments sur les évolutions des établissements sous régulation publique et de leurs relations professionnelles
Conclusion générale
Bibliographie
Annexes
Table des tableaux, figures, encadrés